dimanche 13 janvier 2013

La conception de l’enfance selon Wallon

Le développement de l'enfant est appréhendé dans ses composantes biologiques, affectives, sociales et culturelles. L’oeuvre de Wallon souligne la nature sociale de l’enfant : « L’individu est génétiquement social ».
La connaissance de soi est inséparable de la connaissance d’autrui : c’est au travers des relations avec l’autre que l’individu se construit. Il y a nécessité pour l’enfant, pour assurer sa survie, de se tourner vers le milieu humain.
L’enfant est génétiquement doté de moyens d’expressions (= moyen de communication).

Ces moyens d’expression se développent sous l’influence essentielle de 2 facteurs :
- maturation neurologique
- stimulations apportées par le milieu social.

Le milieu humain a un rôle comme :
- moyen d'activité pour l'enfant.
- condition de son développement.

Les facteurs biologiques et sociaux sont nécessaires, complémentaires, et inséparables du développement de l'enfant. Celui-ci ne naît pas prédéterminé, mais se construit par son activité.

Définitions
Stades : les stades se caractérisent par la prépondérance à un moment donné du développement de certaines fonctions et certains comportements propres à un âge donné.

Lois fonctionnelles ( = lois du développement) :
Le développement de l'enfant est un processus discontinu (oscillations, crises, conflits).
Pour rendre compte de ces discontinuités, Wallon distingue 3 lois fonctionnelles, qui s'appliquent aux 4 dimensions : motricité - affectivité - connaissance - construction de la personne
  • Loi d'alternance fonctionnelle
  • Loi de succession de prépondérance
  • Loi d'intégration fonctionnelle

Loi d'alternance fonctionnelle 
L'activité de l'enfant oscille au fil du développement entre des phases centrifuges et centripètes.
· centrifuge : l'enfant se tourne vers le monde extérieur (construction de l'intelligence, développement des connaissances…), au détriment de la construction de la personne.
· centripète : l'enfant se centre sur lui-même (construction et consolidation de la personne).

Loi de succession de prépondérance
Cette loi rend compte du fait que chaque stade se construit autour d'une fonction prépondérante à un âge donné.

Loi d'intégration fonctionnelle
Les stades s'enchaînent sans que ne disparaissent les fonctions intégrées au cours des stades précédents (même si ces fonctions évoluent !)
La formation de la personne est un processus de type discontinu en même temps que continu, la genèse d’une «unité faite de contraste et de conflits». De fait, ce couple discontinuité-continuité exprime l’équilibre où se tient la pensée wallonienne entre deux catégories de concepts, dont la conjonction est tout aussi difficile que nécessaire :
- La première concerne la composante biologique du comportement et réfère à l’ensemble notionnel: crise, facteur endogène, maturation, en rapport avec le principe d’alternance fonctionnelle.
- La seconde renvoie à la composante sociale et comporte la séquence: interaction, facteur exogène, milieu humain, en rapport avec le principe d’intégration fonctionnelle.

Les stades du développement de la personnalité
La psychologie de Wallon consiste, pour l’essentiel, en une théorie des stades de développement de la
personnalité enfantine. La personnalité est une construction progressive, où se réalise l’intégration, selon des rapports variables, de deux fonctions principales: l’affectivité, d’une part, liée aux sensibilités internes et orientée vers le monde social, la construction de la personne; l’intelligence, d’autre part, liée aux sensibilités externes et orientée vers le monde physique, la construction de l’objet.
Le développement de la personnalité progresse selon une succession de stades, dont chacun constitue un ensemble original de conduites, caractérisé par un type particulier de hiérarchie entre ces deux fonctions. Ainsi s’institue une alternance entre deux types de stades: les uns marqués par la prédominance de l’affectivité sur l’intelligence, les autres par la prédominance inverse de l’intelligence sur l’affectivité. Le passage d’un stade à un autre présente donc un aspect discontinu, ce qui n’exclut pas néanmoins la continuité d’ensemble du développement. Cette continuité s’exprime en particulier dans les phénomènes de chevauchement: les stades à dominance affective comportent, à titre subordonné, une évolution des conduites intellectuelles, et vice versa.

1. Le stade impulsif (0 à 3 mois)
Cette première période, dite impulsive, jusqu’à 3 mois, se caractérise par le désordre gestuel.
A ce stade de la personnalité correspond un stade de la sociabilité : La symbiose physiologique (0-3 mois).

2. Le stade émotionnel (3 mois à 1 an)
Le stade émotionnel est marqué par la prépondérance d'expressions émotionnelles. Les réactions émotionnelles constituent le mode dominant des relations avec l'entourage ; elles marquent les premiers signes de l'existence d'une vie psychique.
Durant cette période, la réponse de l’entourage humain à l’enfant organise progressivement l'expression d'émotions au départ indifférenciées.

Il y a progressivement différenciation des émotions, que l'on peut catégoriser. On peut définir 4 émotions primaires : 
  • joie
  • douleur
  • chagrin
  • colère
Les réactions émotionnelles organisent la vie psychique de l'enfant. Elles constituent la source commune de la conscience, du caractère et du langage.
La conscience de soi à ce stade est très subjective et dépendante d'autrui. Le contrôle de soi est incomplet : l'enfant est perdu si l'autre ne réagit pas comme il le désire.

Ce stade de la personnalité est marqué par deux stades de la sociabilité :

La symbiose affective (3-9 mois) :
Il y a développement des capacités d'actions volontaires. L'intentionnalité dans la communication avec l'autre se met en place. L'enfant anticipe les manifestations d'autrui à ses propres manifestations. Par exemple, le bébé s'excite lorsqu'une personne s'approche, et pleure lorsque celle-ci s'en va.
Il y a ébauche d'une première forme de conscience. Il faudra néanmoins attendre jusqu'à l'âge de 3 ans pour observer une construction réelle de la personnalité.

Le syncrétisme indifférencié (9-18 mois) :
Il y a à ce stade une confusion chez l'enfant entre soi-même et l'autre, par rapport à l'environnement.
C'est durant cette période que l'enfant accède à la complémentarité des rôles. Lorsque, par exemple, deux enfants sont mis côte à côte, ils font la même chose en même temps : leur individualité est confondu. Wallon parle de couple "contemplation - parade".

Remarque :
Vers 1 an, la répartition des rôles commence à devenir problématique, et l'on peut observer des conflits despotisme / soumission.


3. Le stade sensori-moteur et projectif (de 1 à 3 ans)
Le stade sensori-moteur et projectif se caractérise par la manifestation d'activités dans deux directions
indépendantes mais complémentaires :
  • Manipulation d'objets et exploration de l'espace proche.
=> Développement d'une intelligence pratique («des situations»), liée à la manipulation des objets.
  • Prise de postures et attitudes d'imitation. Pour Wallon, cette activité est la traduction de représentations mentales : la pensée naissante ne peut prendre consistance qu’en s’extériorisant, en se projetant dans le geste imitatif ; elle accompagne l'apparition du langage.
=> Développement d'une intelligence représentative («discursive»), liée à l’imitation et au langage.

Ce stade de la personnalité est marqué par deux stades de la sociabilité :

Le syncrétisme différencié (18-30 mois) :
On observe les premiers signes d'une individualisation de l'enfant par rapport à son environnement. Il y a intégration des contraires : l'enfant ne peut pas être à la fois le gendarme et le voleur.
On observe durant cette période :
  • L'apparition de la jalousie : elle se manifeste à travers la rivalité pour des objets ; elle correspond à un conflit entre deux rôles (l'enfant se veut à la place de l'autre).
  • L'apparition de la sympathie : elle traduit un conflit surmonté ; l'enfant se dégage du point de vue de l'autre.
Stade des personnalités interchangeables :
Il y a mise en place des jeux d'alternance. Par exemple, être la maman / le bébé ; la maîtresse / l'élève …
L'organisation de la répartition des rôles est fixé à partir de 3 ans.

4. Le stade du personnalisme (de 3 à 6 ans)
Le stade du personnalisme restaure la primauté de la fonction affective sur l’intelligence. Il est marqué à par une affirmation de soi. On peut distinguer plusieurs périodes :
  • Période d'opposition : crise de personnalité (crise de 3 ans), au cours de laquelle l’enfant s’oppose à tout : c’est « l’âge du non, du moi, du mien » (il y a distinction entre le prêté et le donné). L'enfant est jaloux et autoritaire ; il est dans une recherche d'attention exclusive. Cette période est essentielle à l'acquisition de l'autonomie et à la différenciation soi / autrui.
  • Période de séduction : vers 4 ans environ, c'est « l’âge de la grâce » : l’enfant s’ingénie à séduire, dans une sorte de « narcissisme moteur ». Il y a modification du comportement sous le regard de l'autre. L'enfant se donne en spectacle dans l'attente de la réaction d'autrui ; ou à l'inverse se renferme par peur de ne pas donner à l'autre une bonne image de soi.
  • Période d'imitation : à 5 ans environ, l'enfant s’attache à imiter l’adulte prestigieux dans ses rôles sociaux, en une attitude ambivalente d’admiration et de rivalité. Il y a durant cette période un enrichissement important du vocabulaire et de la syntaxe ; liaison signifiant /signifié.
5. Le stade catégoriel (de 6 à 11 ans)
Le stade catégoriel se caractérise à nouveau par la prépondérance des activités intellectuelles sur les conduites affectives. C’est le début de l’âge scolaire: l’enfant y devient capable d’attention, d’effort, de mémoire volontaire ; il entre dans le monde de la connaissance.
La pensée se développe à partir d’une période de confusion initiale (syncrétisme) jusqu’à la formation des «catégories» mentales. Celles-ci lui permettent la représentation abstraite des choses et l’explication objective du réel.
D'après Wallon, l'organisation et la structuration de la pensée se fait à partir de couples.
Exemples : "grand / petit", "gentil / méchant" ; ou bien "ciel / paradis", "soupe / grandir" … (associations fortes)
Il y a intégration progressive de nouvelles observation (ex : "moyen") qui enrichissent les représentations.

6. Le stade de l’adolescence (à partir de 11 ans)
Le stade de l’adolescence marque un renouveau des intérêts personnels par rapport aux intérêts centrés sur l’objet. «Sur le plan affectif, le Moi reprend une importance considérable; et, sur le plan intellectuel, l’enfant dépasse le monde des choses, pour atteindre le monde des lois.»
Il y a réajustement du schéma corporel, provoqué notamment par les transformations liées à la puberté. Les relations avec autrui sont modifiées et se traduisent généralement par un comportement d'opposition et une ambivalence. Le retour sur soi se traduit également par des interrogation sur des problèmes existentiels.
Ce stade correspond au remaniement et à l'achèvement de la construction de la personnalité. C'est le passage de l'enfance à l'âge adulte.

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